
Encore quelques jours et je quitte la ville capitale pour mon île : la tête en bas de l'autre coté de la planète fatiguée. Je regarde la photo de Takamaka (publiée ici en Avril). Elle n'est pas en noir et blanc mais bien en couleurs. C'était en saison humide, il faisait une belle pluie sur les hauts, comme souvent. Nous sommes montés en voiture. Je n'y étais pas retourné depuis des années, je n'avais gardé de ce lieu qu'un vague souvenir de fin de route du bout du monde ; s'achevant sur le parking de la centrale électrique. Mémoire d'un chemin glissant au dessus des nuages. Cette fois, donc, il pleuvait encore et, à part les essuies glaces de la voitures, il n'y avait rien à voir. Au détour d'une route la montagne crache sa pluie en ruisseau, la douce chaleur laisse dans l'air l'odeur âcre et poivrée des jours gris sous les tropiques. Des lianes accrochées aux rochers tressent des nattes aux fougères arborescentes, elles disparaissent en noir dans le gris des nuages et les lames de crayon de la pluie qui raturent le tout.. Cela semble illusoire de continuer à monter. Le ciel est définitivement bouché " on ne verra rien " !
Mais cette île est incalculable et je sais qu'il faut aller jusqu'au bout car parfois de belles surprises peuvent encore surprendre le voyageur. Et là, alors que tout se joue désormais en noir et blanc : le ciel s'entrouvre un instant, laissant à peine soindre une lumière magique. Offrant alors un instant au replis de la falaise végétale en face, la sombre vision d'une montagne crachant des cascades. Et au premier plan comme par magie ce pic en silhouette que j'aurais aimer peindre à l'encre de chine.
Mais la nature m'a devancée, et voilà la peinture de Tohaku ,長谷川 等伯 l'inventeur du style japonais, peignant des paysages de sa région natale du Nato au 15ème siècle qui s'impose.
Je crois que la première chose à faire dans les prochains jours en arrivant à la réunion sera de retourner vérifier, si tout celà existe vraiment. J'irais cette fois en moto voir si tout cela n'est pas un fantasme de plasticien S'il ne s'agit pas seulement de l'impression que laisse un songe d'un aprés midi pluvieux.
