Il y a des personnages féminins de romans qui traversent le Sunset boulevard pour aller commander une Pina Colada au bar d'un grand hôtel. A peine plus loin le héros masculin fait claquer ses talons sur le pavé, pressant le pas dans la ruelle humide et poisseuse comme de la crème anglaise. Il ne tardera pas à retrouver la belle de la phrase précédente.
Chaque première phrase de ces romans là semble définitivement unique, trempée dans Hemingway, F. Scott Fitzgerald ou Faulkner.
Que s'est il passé ?
Ce qui fait le secret de la désespérance éclairée des personnage de Fitzgerald ou de l'opiniâtreté des situations d'Hemigway n'est pas seulement le talent des orfèvres de ces récits en noir et blanc. C'est bien le fait que les meilleurs artisans de l'écriture ont surtout les meilleurs outils. En l'occurrence ils ont une machine qui frôle la thaumaturgie et pas n'importe laquelle : une machine à écrire Underwood.
La seule, l'unique capable de produire à coups sûr des chefs d'oeuvres de la "Génération perdue" et des plus grands auteurs de L'ère du Jazz.
C'est bien évidement, les histoires de légendes ne peuvent êtres écrites que sur une machine de légende. Inventée en 1896 par Wagner Franz Xaver, & John Underwood Thomas elles ont cette essence, ce secret gardé précieusement. Il ne fait aucun doute que les mots tapés sur les touches rondes de la célèbre typewriter Underwood n'ont rien à voir avec ceux de nos PC tournant avec une copie piratée de world et acheté en promo chez Darty. Rien n'est comparable avec les écrits de la machine fabriquée en 1910 par des usines de Hartford dans le Connecticut. Comment rivaliser avec les traitements de textes instables sous windows. Nos mots n'auront jamais la même couleur. Jamais la même saveur. Une Underwood inscrit des idées banales et ordinaires avec une équation cabalistique qui les rends instantanément sophistiqués.
Il suffit de regarder une Underwood et déja on entend la voie de l'excentrique Zelda Sayre se plaindre de ce que cet été est à l'image des nouvelles de son mari. Terriblement imprévisible. C'est à la terrasse de l'hôtel du Cap ou de l'Eden Roc. Francis Scoot Fitzgerald écrit dans la pièce adjacente et l'on entend le cliquetis des touches qui déja consignent l'impalpable, racontent leur vie insouciante sur laquelle plane une grande force tragique. La belle et facétieuse épouse vante le bienfait de Gatsby le magnifique.
Mais qui est Jay Gatsby ? D'où vient-il ? Que fait-il ? Une incroyable histoire va lier Nick, Tom, Gatsby, Jordan, Myrtle et Daisy pendant cet été de1922.
Reconnaissons que ça a plus de classe que les coms en langage SMS de Dorothé, Marc & Fatia sur facebook en cet été 2012 à propos de leurs vacances à Montauban. Ce qui est beau dans les mots de l'Underwood c'est qu'ils semble dire : « La seule écriture valable, c'est celle qu'on invente... C'est ça qui rend les choses réelles.» Et déja les touches de la machine à écrire claquent jusque tard dans la nuit. Dans quelques jours les feuillets composant le précieux manuscrit devront être confiés, pour un dernier avis, à ce cher Ernest Hemingway à la terrasse de la Closserie des Lilas. Ce ne pouvait être ailleurs qu'a Paris. C'est toujours à Paris que se retrouvaient les auteurs américains sectateur d'Underwood de ces années là .
La machine insufflait, à n'en pas douter, le caractère des personnages et la genèses des histoires.
Mais sait-on seulement que "L'Envers du paradis" ou "Le Dernier Nabab", "Le vieil homme et la mer" et bien d'autres ont faillit ne jamais voir le jour.
En fait la famille Underwoods n'avait aucun gout pour la fabrication de machines. A partir de 1874 les Underwoods manufacturent les rubans et du papier carbone pour la marque Remington. Rien ne les prédisposait à devenir les façonniers de tels mécanismes. Mais Remington, leur principal client se mis à produire lui même ses propres rubans. Sans doute pour réaliser quelques substantielles économies sur la sous-traitance. Il n'hésitait pas à pousser la famille Underwoods à la ruine. Il ne leur restait plus qu'a industrialiser leurs propres machines à écrire et écouler rubans et carbones. Le destin est ainsi aussi imprévisible que la durée d'attente du bus 61 à Saint Fargeau ou la cuisson des spaghetti N°3 Lustucru aux oeufs frais.
La magie Underwoods devait opérer sans discontinuer au rythme des manuscrits célèbres. Ce ne fut sans doute que par humilité que les descendants de la marque ne revendiquèrent jamais leur influence majeure sur la littérature américaine du XXe siècle.
Pourtant, jamais, au grand jamais, Hemingway, F. Scott Fitzgerald ou Faulkner puis plus tard, Kerouac, Woodie Allen et bien d'autres n'auraient pu écrire leurs oeuvres sur des machine à écrire d'une marque concurrente et encore moins une Remington. L'avide Remington fut, rappelons le, le plus importants fabricants d'armes du monde. Les personnages des romans écrits sur de telles "choses" en auraient été fatalement affectés, n'en doutons pas.